Le vin des faucheurs de chez mon amie la Biocoop

Le vin des faucheurs: vin de la résistance anti OGM

vin_faucheurs_2009

De bon matin, je m’en allais à ma Biocoop préférée (je fais aussi mes courses en grande surface, je préfère le préciser avant qu’on ne me traite de bobo bio) pour m’enquérir de jeunes pousses d’épinards; ah ca c’est sûr, pour acheter un paquet de Pépito ou des crevettes élevées aux hormones en Thaïlande, y’a pas de problème. Par contre, pour acheter des produits frais et bio, il faut se rendre à l’évidence, la GD n’est pas le bon endroit…

Je déambule donc dans les rayons, le tour est assez vite fait car ce n’est généralement pas très grand et Pan, je tombe par hasard sur le rayon pinard liquides pour personnes adultes et consentantes.

Je bulle. A peine réveillé à vrai dire. je fixe désespérément cette bouteille avec étiquette jaune criard flashy que j’avais déjà repéré plusieurs fois sans jamais m’y attarder.

Est-ce l’heure matinale, la fatigue ?

Je reste comme une moule attachée à sa corde, plein de perplexité devant cette bouteille, à essayer de déchiffrer le message que semble vouloir me renvoyer cette étiquette: un tracteur, une vache souriante, un épi de mais et un faucheur volontaire… hummmm.  J’ai un peu de mal à percuter mais ca sent le José bové tout ca !

Je retourne la bouteille et là, je comprend:

L’achat de cette bouteille est un acte Militant avec un grand « M ».

Jugez plutôt du contenu de la contre-étiquette:

ogm« Aucune assurance ne peut couvrir les risques environnementaux et de santé publique liés aux OGM. Tout simplement parce que ces risques sont incalculables et irréversibles. La désobéissance civique des faucheurs volontaires a permis de lancer le débat sur les OGM. En agissant pour l’intérêt de tous, ils assument des peines de prison ferme ou avec sursis et également des amendes démesurées. En savourant cette bouteille, vous participez à cette lutte pour la nature sans OGM le bénéfice étant intégralement reversé au collectif des faucheurs pour les frais de justice.« 

Ok Jean-Charles, j’ai compris… J’aurais mieux fait de prendre 2 cafés ce matin…
En fait, les magasins Biocoop vendent depuis plusieurs années des cuvées dénommées « vins des faucheurs » destinées à soutenir l’action des militants écologistes qui arrachent les pieds (de vigne aussi) génétiquement modifiés et qui sont régulièrement condamnés par les tribunaux. L’ensemble des bénéfices générés par cette cuvée sont donc intégralement reversés tous les ans au collectif des faucheurs d’OGM pour le paiement des dits frais de justice. Biocoop ne semble prendre aucune marge pour distribuer ces flacons en soutien à la cause anti-OGM. Ça c’est de l’engagement surtout pour une enseigne qui, rappelons le, est quand même le premier réseau de magasins bio en France avec près de 290 magasins.
> Sachez que les OGM n’épargnent malheureusement pas la vigne et que des essais scientifiques sont conduits dans les centres de recherche de l’INRA (institut national de recherche agronomique ) et notamment à Colmar en ce qui concerne les pieds de vignes.
> Sachez que le débat est d’actualité et est sujet à de vives controverses.
> Sachez aussi que dans la nuit de samedi 14 au dimanche 15 août 2010, 70 faucheurs volontaires (et donc réfractaires aux plants de vigne génétiquement modifiés) ont arraché des pieds de vigne transgénique destinés à lutter contre le virus du court-noué ( une maladie virale entrainant une dégénérescence des bois pour faire simple) et sur lesquels des recherches étaient en cours.
abraham_simpsonD’un coup m’est revenu à l’esprit la chronique de Jean-Robert Pitte, professeur de géographie à la Sorbonne, parue dans la sacrosainte Revue du vin de France de Novembre 2010. Je me rappelle avoir été estomaqué par sa virulence et sa verve à l’encontre de l’action entreprise par les faucheurs d’OGM à l’INRA de Colmar. Il faut dire que l’article commençait fort avec un titre évocateur:

« Faucheurs au piquet !« .
Voici quelques passages tirés de l’article qui valent leur pesant de cacahuètes.

« En d’autres temps certains porteurs de chemises noires ou brunes pratiquaient des autodafés« … « On admirera le courage de ces Cathares : ils ont choisi le 15 août à l’aube, un jour et une heure où les chercheurs n’étaient pas nombreux dans leur laboratoire et ne risquaient pas d’opposer de résistance à l’acte barbare commis« … « de telles méthodes font froid dans le dos et font penser au grand banditisme… ou aux heures les plus sombres de notre histoire (sic!) » et de conclure sur cette bonne parole « le refus pseudo-religieux d’expérimenter ces techniques est absurdela république a t’elle besoin de fanatiques?« 

heureux_les_simples_d_esprit« Beati Pauperes spiritu: Heureux les simples d’esprit…’
Rappelons que la première parcelle « vandalisée’ en Septembre 2009 avait été déclarée illégale par le tribunal administratif de Strasbourg.  Il avait été fait appel de cette décision. La cour d ‘appel administrative de Nancy  a rendu son jugement le 17 janvier dernier en condamnant le faucheur anti-OGM (qui avait coupé ces pieds de vignes transgéniques) à 1 mois de prison avec sursis, à 50 000 € de dommages intérêts et à 2 000 € d’amende. Dans le même temps, la  cour d’appel administrative de Nancy a considéré comme licites les essais en plein air, cassant ainsi le jugement de première instance et rappelant dans son arrêt que l’expérimentation « qui a pour objectif la préservation d’une ressource naturelle et l’amélioration de la compétitivité de la filière agricole présente un intérêt public certain et qui ne présente pas de risque pour l’environnement « . Bah merde alors… Ça risque de saigner dur pour les faucheurs du mois d’Aout 2010

Arracher ces vignes transgéniques « d’utilité publique » reste toujours une infraction lourdement condamnable  mais reste un acte de de désobéissance civile assumé, perpétré délibérément par des « lâches » agissant à visage découvert et fournissant de bonne grâce leur identité aux forces de l’ordre…

Je vous laisse lire la lettre ouverte de ces faucheurs et leur position qui paradoxalement n’est pas opposer à la recherche fondamentale sur les OGM:

« … Nous ne sommes pas contre la recherche fondamentale sur les OGM, mais elle doit s’effectuer selon des protocoles rigoureux en milieu confiné... »

vache-gros-plan

Le débat sur le contrôle des OGM et leur risque de prolifération incontrôlée par la faute des essais grandeur nature ont donnée lieu à de nombreux articles, je vous laisse les consulter si le cœur vous en dit sur la toile, ils ne manquent pas. N’empêche, même si je ne suis pas prêt à aller faucher des vignes transgéniques, se faire traiter de chemise brune, de sinistre idéologue, de bandit et de fanatique pour le fauchage de quelques plantes vertes, avouez que c’est vraiment « border line » surtout dans une revue de référence à grand tirage.

Modifier le patrimoine génétique d’un pied de vigne, c’est  bien sûr accélérer artificiellement son évolution sans prendre en compte la logique naturelle et la capacité d’adaptation de la plante à son environnement . Une fois le processus lancé, difficile de faire marche arrière.

M’enfin, ce que j’en dis…

Comme on va dire que j’exagère, je vous colle l’article ci-dessous.
A vous de vous faire votre propre opinion.

jean_robert_pitte_ogm

Revenons à nos moutons, j’ai donc acheté une bouteille de ce vin des faucheurs pour voir ce qu’il y avait dedans et car j’adore donné de l’argent pour payer les frais de justice de fanatiques 🙂

C’est donc un vin de pays du val de Montferrand qui est embouteillé. Alors là, je dois avouer que je ne connaissais pas cette dénomination de vin de pays. Le bouchon indique « Domaine de la Triballe ». Comme Google est mon ami, je me met en quête d’information. Pour avoir droit à la dénomination « Vin de pays du val de Montferrand » les vins doivent provenir des départements du Gard ou de l’Hérault et être issus des cépages suivants à l’exception de tous autres pour les vins rouges : Cabernet sauvignon, Carbernet Franc, Petit Verdot, Merlot et Pinot Noir. Un ou plusieurs de ces cépages doivent représenter au moins 80 % de l’encépagement des surfaces revendiquées et peuvent être complétés par du Grenache, Marselan, Caladoc, Chenançon, Carignan, Cinsault et Syrah (20 % au maximum donc…). Le choix est large et chacun doit pouvoir élaboré sa cuvée à sa convenance…

Bref, on est en plein Languedoc et cela tombe plutôt bien car le Domaine de la Triballe est situé à 15 km au nord-est de Montpellier et est certifié Bio. Je suppose donc que ce sont les producteurs de cette cuvée 2009 (le producteur changeant à priori chaque année) et j’en suis ravi car ils font aussi partie du groupe Renaissance des Appellations… Dans cette appellation assez méconnue, on notera tout de même la présence les vins du Domaine de l’Hortus par exemple.

domaine_triballeSource: domaine de la Triballe

>> Nez sur les fruits noirs et rouges, notes de groseille, de myrtille, de cerise, notes de végétal et notes réglissées. Le vin est très acidulé en bouche, même registre qu’au nez, sur le fruit, matière fluide. Légère astringence en finale. Pas follement complexe mais follement buvable 🙂

Un vin de pays plutôt bien fait dans cette gamme de prix (5-6€) et qui réjouira vos papilles si vous l’associez à un plat simple ou a un apéro cochonnailles.

De toute façon, vous aurez bien compris que le principe est plus de soutenir une cause que d’encaver un vin à boire dans 10 ans…

Publicités