BD: Robert Parker – les sept pêchés capiteux par Simmat et Bercovici

BD: Robert Parker – les sept pêchés capiteux par Simmat et Bercovici

Ceux qui me connaissent savent que je suis amateur de vin et de… BD.
Cette BD se devait donc de rejoindre ma collection. Je dois avouer que c’est surtout la curiosité qui m’a poussé à l’acheter. En effet, une question lancinante me turlupinait l’esprit depuis sa sortie en librairie: Est-ce du second degré ou les auteurs croient ils vraiment publier, comme ils l’annoncent clairement, « l’anti guide Parker » ?
Le pitch est en fait simplissime; dans un futur proche, Robert Parker est accusé par un jury encagoulé et inquisiteur, façon cigares du pharaon, d’avoir tué le vin à la Française (il faut entendre le gout du vin à la française).  Les7 pêchés capitaux que sont la luxure, l’envie, l’orgueil, la paresse, la gourmandise, la colère et l’avarice sont au cœur des débats et de l’accusation.

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Je ne connais évidemment pas Robert Parker (RP) personnellement, je ne suis pas son avocat ni une de ses relations, encore moins un de ses groupies. J’ai lu plusieurs ouvrages sur le bonhomme dont celui d’Hanna Agostini (article ici), j’ai lu bien sûr ses ouvrages portant sur Bordeaux, j’ai bu maintes fois des vins  qu’il a très bien noté et, je le confesse, céder à la tentation d’acheter quelques fois une bouteille espagnole inconnue sur un simple 93/100 Parker. Que dire de ce critique Hors normes ?
Homme de talent, c’est certain, dégustateur hors pair, c’est certain, businessman, c’est certain, bourré d’orgueil et vindicatif,  probablement puisque c’est rapporté par de nombreuses personnes; en tout cas le bonhomme est célèbre, ne laisse jamais indifférent, attise les convoitises, les reproches, les regrets (de ne pas faire partie de son cercle d’intimes), les critiques et reste la cible parfaite et emblématique de ceux qui rejettent  l’impérialisme Étasunien: il faut à tout prix combattre Robert car notre terroir vaut mieux que ca !
Tout le système Parker est décortiqué dans cette BD: ses amis négociants et œnologues, sa notation, son gout pour les vins bodybuildés, sa propension à ripailler, tout est passé en revue. Beaucoup des faits et la totalité des personnages présentés sont réels mais bondieu, ils ne sont pas gâtés… Allez commençons par là: que dire du portrait que les auteurs font de Jean Luc Thunevin ? un abruti fini, un pantin à la solde de Michel Rolland et de Robert Parker, l’œil vide, les épaules tombantes, le parfait demeuré vinifiant dans le fond de son garage. Pour avoir rencontré Jean Luc, il me parait évident que c’est un homme qui à la tête sur les épaules, qui a certes bénéficié du système Parker mais qui s’en plaindrait à Bordeaux ? (de profiter du système Parker, pas du succès des vins de Jean Luc Thunevin 🙂 ).
Parti de rien il y a vingt ans, celui qui est présenté comme « l’ancien employé de banque » (véridique ceci dit) est aujourd’hui à la tête d’une entreprise qui pèse plusieurs millions d’euros avec des domaines de renommée internationale… Pour sûr, il faut sacrément être demeuré… Même s’il est de bon ton de tirer à boulet rouge sur le gars Robert, tous les propriétaires bénéficiant des bonnes grâces des bonnes notes Parker sont aujourd’hui bien comptant content de pouvoir vendre leurs vins de Bordeaux à des prix astronomiques, pour ne pas dire stratosphériques. Qui aurait idée en 2010 de vendre  un 1er cru de Bordeaux à 20 ou 30 euros ? (ndlr: u cours du début des années 80 grosso modo)
J’ai vu que Jean Luc avait fait un petit article sur cette BD justement… très poli et plutôt ravi de se voir consacrer à travers cette BD (un peu comme avoir sa marionnette aux guignols)…  Bon, apprécie t’il vraiment son personnage apathique à la solde de Michel Rolland ?Je lui demanderai au prochain Wine Tasting dans une quinzaine de jours à Paris…

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Quant à Michel Rolland, il est lui aussi sévèrement gratiné, habillé pour l’hiver: le cigare à la bouche, il distribue des ordonnances de micro-oxygénation à tout va, les mains bien enfoncées dans les poches (bien remplies) de sa blouse blanche, tel un grand chef de service hospitalier, et tout ca ma bonne dame pour seulement 50.000 euros par an et par vin of course. La caricature est poussée à l’extrême, le principal intéressé appréciera.

Si la caricature des personnages est sans complaisance, beaucoup de faits évoqués dans cette BD semblent avérés et sont corroborés par de nombreuses sources.
Pêlemêle: La liste du millésime 2001 ou 43 des 73 crus notés plus de 90/100 étaient conseillés par Michel Rolland a bel et bien existé, le fait que Robert Parker pompe avidement dans de vieilles notes de dégustation  du wine Advocate (sans les mettre à jour et notamment sur les dates d’apogée) pour « écrire » ses ouvrages est un fait avéré, les repas mythiques avec des « amis » négociants sont un secret de polichinelle, l’amitié de 20 ans qui lie Robert Parker et Michel Rolland l’est tout autant, les accès de colère, son ego et son auto suffisance sont connus etc.
Tout ca pour dire que s’il ne faut pas prendre au pied de la lettre l’histoire narrée dans cette BD, il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas de fumée sans feu…

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D’un autre côté, faire passer Robert Parker pour un buveur invétéré, un pecnot américain féru de gastronomie française, un personnage avide guidé par la seule et unique volonté de faire de l’argent, me semble pour le moins restrictif. J’ai eu l’impression en lisant cette BD que les auteurs s’étaient senti investis d’une mission sacrée: stigmatiser Robert, le mal incarné et sauver le vin Français de l’uniformisation du gout, de la Parkerisation…
Pour tout dire,ca sonne un peu comme une redite  du message de Lassiter et de son docu  « Mondovino »…

Bref, cette BD se lit toute seule, d’un trait, les personnages sont très bien croqués, les surprises nombreuses… J’adore personnellement le fantôme de Bernard Magrez qui sort du Jéroboam de Pape Clément…

Voici donc pour égayer vos soirée une BD à charge où vous pourrez découvrir le portrait au vitriol du plus grand (ou du plus influent devrait on dire) dégustateur de ces vingt dernières années, à moins que ce ne soit du second degré… A vous de juger sur pièces.

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