Bregeon ou l’art du muscadet – episode 3

Episode 3: Tout savoir sur le Muscadet  made in Bregeon – Aout 2009
verticale de Muscadet Sèvre et Maine sur lie (ou pas)

 Article Domaine Bregeon 1: Présentation du domaine Bregeon

– Article Domaine Bregeon 2: Muscadet Sèvre et Maine 1ère partie

– Article Domaine Bregeon 3: Muscadet Sèvre et Maine 2ème partie

– Article Domaine Bregeon 4: Muscadet Sèvre et Maine 3 ème partie et Muscadet Gorgeois

– Article Domaine Bregeon 5: Muscadet 2002 – 2007 (2ème mise)- 2008

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vignes de melon de bourgogne- Domaine M.Bregeon – Aout 2009

Petit rappel technique:
1- Pour revendiquer l’appellation Sèvre et Maine sur lie, il faut embouteiller entre le 1er mars et le 30 novembre de l’année qui suit la récolte. Comme partout, il existe aussi des dates de vendanges; si on vendange avant la date fixée par les ingénieurs de l’INAO (sans dérogation), la production est déclassée de facto en vin de table.

2- La pleine maturité n’est pas forcément souhaitable en Muscadet, il faut la juste maturité. M.Bregeon fait partie de l’école « on ramasse pas trop mûr » au même titre que Louis Metaireau (ici) et bien d’autres; il est à noter qu’une autre école prône le « on ramasse bien mûr » (Bruno Cormerais sur les granits de Clisson pour l’exemple).. Je ne parlerai pas de ces viticulteurs qui sont de l’école « on ramasse tout ce qu’on trouve quelque soit le niveau de maturité, et à la machine tant qu’on est levé, de toute façon, on s’en fout, ça part en grande distribution à 2.50€ » car cela a peu d’intérêt.

Le Muscadet en quelques chiffres chez Michel Bregeon, c’est:

— Une propriété viticole de 7 hectares: 6ha de muscadet, 1 ha de rouge et de gros plant– 10.000€ de frais à l’hectare par an
— Une vendange strictement manuelle beaucoup plus chère qu’une vendange mécanique: 2000€ /manuelle, 450€ pour une vendange mécanique
700 hectos en stock (en Septembre 2009) car  » il faut aussi prévoir de vivre avec 35hl/ha pour couvrir les frais quand il gèle »

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Muscadet sèvre et Maine sur lie 2008 : vin gouté sur cuve, citron vert, tranchant, arômes fermentaires (ça arrive direct de la cuve); « moi je trouve ça magnifique ! »; sans rire, 15 hl/ha en 2008, vous vous rendez compte ? on est  sur des rendements de Sauternes. M.Bregeon tient habituellement des rendements inférieurs à 50 hl/ha mais là, il faut avouer que la météo et la maladie n’ont pas épargné le domaine cette année; bref, une future régalade avec une douzaine d’huitres – à suivre, à revoir en bouteille.

muscadet-bregeon-5Muscadet sèvre et Maine sur lie 2007 : Mise en bouteille en Novembre, belle acidité (5gr), belle matière, 1.5gr de sucre (assez rare chez M.Bregeon); c’est un Muscadet très classique (dans le sens noble du terme), couleur diaphane (comme vous pouvez le constater sur la photo ci-contre), plus rond que 2008: nez sur le chèvrefeuille, la pomme granny, l’ananas, les agrumes avec de subtiles notes de fleur blanches. Attaque franche et perlante, beau gras en bouche, finale nette sur l’anis et le citron vert; vin qui développe déjà de la minéralité, étonnant pour un Muscadet aussi jeune mais c’est aussi l’effet vieilles vignes (+ de 50ans). « ca tiendra 20 ans, je vais pas me tromper ».
Rapport Q/P exceptionnel – 3.65€ TTC départ cave, il serait honteux de s’en priver; à voir au vieillissement si on a pas tout bu avant… Pour moi, le meilleur Muscadet de ce type dégusté à ce jour, j’adore tout simplement. 18/20

Et quid du Muscadet à destination de la Grande Distribution ?
M.BREGEON: « Quand on vendange manuellement et qu’on fermente avec les levures indigènes, chaque millésime est différent; aujourd’hui, ils vendangent à la moissonneuse, ils dépouillent complètement les moûts avec des enzymes, du sucre, de la caséine (matière protéique extraite du lait utilisée en traitement spécifique de la lutte contre le phénomène d’oxydation et de madérisation progressive des moûts)et de la crème (… de tartre ou bitartrate de potassium, enfin je pense) si ça ne suffit pas et puis après il n’y a plus rien dedans alors on rajoute des levures, on fermente à la bonne température, on met des nourriture pour les levures, on fait du VINO-COLA, tous les ans ça se ressemble un peu, c’est génial et c’est ce que veut le consommateur… »

Et pourquoi la notion de cru n’est t-elle toujours pas apparue ?
Petit rappel: Ancien président du syndicat Sèvre et Maine, M.Bregeon a travaillé à la mise en place d’une hiérarchie de l’appellation Muscadet au début des années 90 et notamment sur la mise en valeur du cru communal Gorgeois (Muscadet sur roche de Gabbro, une roche  de couleur verte à noire, roche éruptive très dure présente sur des terroirs très délimités autour de la ville de Gorges). Le but clairement avoué était de promouvoir  « des locomotives », des Muscadet hautement qualitatifs qui puissent tirer vers le haut l’appellation Muscadet dans son ensemble et donner une autre image aux consommateurs que celle d’un vin de comptoir à boire dans l’année.

bregeon-9M.BREGEON: « Le muscadet est distribué à 80% par le négoce et le problème est là: le négoce n’a pas envie de mettre en place une hiérarchie ; il y a toujours un vrai frein, il faut 10 ans pour mettre en place une AOC, le Gorgeois, on l’a commencé en 1996, la commission d’enquête va peut être passé en Octobre 2009 et il faudra encore 2/3 ans derrière pour valider le cru Gorgeois…. Alors, on se fout pas de notre gueule ? Il n’y a pas de volonté politique, ils font juste en sorte que le tiroir caisse fonctionne bien pour Castel Frères et les Grands Chais de France (ah bah non, on avait dit qu’on tapait pas sur les gros qui donnent du boulot au microcosme local); on vend des produits qu’on ne stocke pas, on ne va pas faire de la promotion sur des vins qui peuvent se garder en Muscadet alors qu’ils écoulent toute leur production en grande distribution dans l’année… Mais qu’est-ce qu’ils nous emmerdent avec leurs crus ces cons là ?
C’est le business qui dirige, ce n’est pas l’envie de bien faire. Le problème ici, c’est qu’on a toujours voulu profiter de la plus value apportée par l’AOC en produisant du vin comme on fait du vin de pays
(ndlr : vin de pays= 90hl/ha), on pousse pour produire ».

Muscadet sèvre et Maine sur lie 2006: léger perlant à l’ouverture, notes mentholées, agrumes : citron et orange, arômes plus tertiaires, sous bois, cardamone et anis en finale, beaucoup moins acide que le 2007 (5 gr sur le 2007 à 4.5/4.6 sur le 2006). Degré supérieur en 2006 à 11.6° et 2007 à 11° – moins à mon gout mais très correct – 14/20

« J’ai Commencé les vendanges en 2006 le 2 septembre par dérogation… On nous prend vraiment pour des cons, il faut demander une dérogation pour vendanger, comme si à 59 ans je ne savais quand il faut aller couper mes raisins… le 2006 a fait de la gravelle, cet hiver il n’a pas aimé le froid, ça veut dire qu’on ne met rien pour l’en empêcher, c’est un produit naturel et vous feriez bien de l’écrire sur les blogs ».. On s’y attache… « C’est courant dans le vin rouge mais quand ça apparait dans un vin blanc, tout de suite c’est du sucre… Et bien non, c’est un dépôt naturel fait par le froid, c’est du tartrate et du bi tartrate de potassium » (élément naturels composant le vin, c’est un sel et c’est pas grave..)

Muscadet sèvre et Maine sur lie 2005: épuisé (pour l’instant car il en reste en cuves), Vin distribué depuis plus de 20 ans aux USA, bonne note de Parker sur le 2005 et rush sur le Muscadet Bregeon, héhé… Rien d’exceptionnel pour Michel Bregeon mais bon, c’est bien noté Parker alors ça part encore plus vite que d’habitude.

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Muscadet sèvre et Maine sur lie 2004:

Petit rappel sur le millésime; Aout 2004 a été un mois du genre « pourri » sans températures exagérées mais avec beaucoup de pluies après une période de sécheresse fabuleuse; à la vigne beaucoup de raisins, des grappes énormes, limite en surcharge; à partir du 1er septembre, 35°C à l’ombre pendant 15 jours, « ça a tout reconcentrer »: résultat des courses, un Muscadet qui titre 12.45° (12° autorisé en Muscadet sauf dérogation comme ce fut le cas cette année là…). Nez sucré sur les fruits exotiques, notes de mangue et d’ananas; notes mentholées plus présentes que sur le 2006, bouche plus grasse, belle persistance, à déguster sur une viande blanche plutôt que des fruits de mer ou des huitres. 15/20 ++  à revoir.
Le vin dégusté ce jour a été mis en bouteille en Novembre 2005; il reste quelques dizaines d’hectolitre de l’année 2004 en cuves pour une prochaine mise qui aura gagné en minéralité avec 4/5 années de cuves supplémentaires.  « on va faire des belles choses avec ce 2004 » (encore meilleur sur la prochaine mise s’entend)

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Muscadet 2003 : on change de catégorie, on part sur un muscadet Sèvre et Maine (pas d’appellation Gorgeois) car la commission a déclaré qu’il y avait trop de rendements sur les parcelles (rendements > à 50 hl/ha). En 2003, année de la canicule, « je ne me voyais pas aller dans les vignes sous le cagnat »; c’est donc un Muscadet et non un Gorgeois qui est  embouteillé le 9 mai 2007 – 45 mois sur lie en cuves souterraines verrées. « c’est le vin à l’état pur ça, c’est le bonheur ! pas un gramme de levures, pas un gramme de sucre, il est comme il est arrivé de la vigne, il y a juste eu du souffre dedans, ça vient d’obtenir un prix d’excellence au congrès des œnologues qui a eu lieu à Nantes ».

9408 bouteilles tirées à ce jour et je confirme que c’est drôlement bon. Le plus abouti des vins dégustés jusqu’à maintenant; notes mentholées très présentes, une bouteille qu’il ne faut pas hésiter à le déboucher une journée avant de la servir, notes beurrées style chenin (il a été comparé à un très beau Savennières). M.Bregeon le recommande à l’apéritif en accompagnement d’un toast de foie gras ! un délice a 6/7 euros de mémoire. Mais de qui se moque ton ? Vin à laisser vieillir pour plus de complexité car il est en tout début de vie. Ce Muscadet est annoncé lui aussi sur une garde de 20 ans… Un vin tout simplement bluffant à l’aveugle… A boire pour lui même ou sur des mets nobles, enfin, tout sauf des huitres ! 17/20 ++

Petite aparté:
M.BREGEON:« J’en ai piègé plus d’un dans des dégustations avec des bouteilles de chez Jobard et de chez Raveneau, il y en a qui sont repartis la queue bien basse, ces bourgognes sont passés dans la dégustation sans qu’ils s’aperçoivent que ce n’était pas un Muscadet, vous savez ce que vous venez gouter ? vous dites toujours que c’est un petit vin le Muscadet ? Vous venez de gouter Francois Raveneau montée de Tonnerre et Meursault Poruzot de chez Jobard…. La dégustation, c’est l’école de la modestie ! »

Voila, ce Muscadet fait la transition vers le Gorgeois, suite au prochain article dédié à ce vin issu de Gabbro.

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