André Michel Bregeon ou l’art du Muscadet – Episode 2

Épisode 2: visite au domaine Bregeon

 Article Domaine Bregeon 1: Présentation du domaine Bregeon

– Article Domaine Bregeon 2: Muscadet Sèvre et Maine 1ère partie

– Article Domaine Bregeon 3: Muscadet Sèvre et Maine 2ème partie

– Article Domaine Bregeon 4: Muscadet Sèvre et Maine 3 ème partie et Muscadet Gorgeois

– Article Domaine Bregeon 5: Muscadet 2002 – 2007 (2ème mise)- 2008

Tout le monde est maintenant assis, un grand banc de chaque coté de la table en bois fait office de siège, c’est ambiance rustique et bonne franquette et c’est drôlement bien. Avant de commencer à déguster, petite note explicative sur les spécificités du terroir du domaine Bregeon et du muscadet Gorgeois.

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Le muscadet du Gorgeois est unique pour  5 raisons:
1- le sol très argileux sur socle de gabbro, roche  éruptive unique et présente en un seul endroit sur la carte du vignoble Nantais et dans une quantité vraiment infime. cf la photo ci-dessous
2- Le cépage le melon de bourgogne qu’on ne retrouve nulle part au monde enfin presque… on en trouve quelques rangs de vigne plantés du côté de Nevers et de chablis ainsi qu’au nord de la Californie en quantités confidentielles.
3- La méthode sur lie (« on nous l’a piqué depuis mais on n’avait qu’à le protéger dans les années 70 »)
4- Les restrictions de rendement: pas plus de 50 hl/ha
5- les restrictions diverses mises en place par les viticulteurs du Gorgeois: nombre de cols, nombre d’étiquettes, dégustationS, etc. (j’en reparlerais dans mon prochain article sur le gorgeois)

Chronique d’une mort annoncée:

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Michel Brégeon parlant de lui même: « un espèce de con qui a 7 ha,  fait 110.000 euros de CA ht /an et paie  3000 euros d’impôts, foutez moi ça à la porte , ça doit pas exister et ça n’intéresse personne au niveau local. Personne ne veux m’échanger un bout de terrain et je ne peux pas me mettre aux normes ! j’ai connu 7 pressoirs dans le village et maintenant….. ils veulent que je me barre pour avoir du terrain constructible; la vigne, ça vaut le montant de la prime d’arrachage, de l’ordre de 70.000 francs/ha pour le muscadet (11.500€), 40.000 francs/ha pour le gros plant (6.000€). « 

–> l’euro ne passera pas à Gorges, rejoignez le mouvement 🙂

« Les 400m² autour du bâtiment ou nous dégustons les vins sont en zône agricole, le reste de l’exploitation est classé en zône constructible: on a pas de lumière sur la zône agricole, comment est ce qu’un jeune peut s’installer ? … je n’ai jamais pu installé un jeune en 3 ans, ça ne sert à rien, il peut bien y avoir quelqu’un d’intéressé pour reprendre l’exploitation, si on ne peut pas se mettre aux normes, il n’a aucun espoir de pouvoir grandir et de pouvoir vivre à l’aise, je suis victime d’ostracisme… »

Il semble évident qu’à Gorges, on préfère privilégier l’urbanisation au développement de petites structures agricoles. Alors, si rien ne bouge, il est fort probable que lorsque Michel Brégeon partira en retraite, et cela arrivera sous peu, un des domaines qui produit les plus beaux muscadets disparaitra.. Non sens ? vous avez dit non sens ? Est ce là le sort du vignoble Nantais ?  Est ce le côté « grande gueule – électron libre » de Michel Bregeon qui dérange ? mais non mon bon monsieur !! car sur les 7 ha on pourra construire de jolis lotissements proprets à seulement 20 minutes du centre de Nantes…  Encore une fois, une preuve manifeste qu’il vaut mieux ouvrir le plus grand centre d’embouteillage européen pour se faire entendre… Pas de soucis par contre pour implanter et agrandir une entreprise qui génère un grosse activité  (220 salariés, volume d’affaires de plus de 200 millions d’euros),  pas de soucis pour les entreprises qui sulfatent à tout va, qui ramassent les vendanges à la machine sur plusieurs dizaines d’hectares et qui emploient beaucoup de main d’œuvre locale: le négoce et son muscadet de grande distribution, oui,  le muscadet de passionné sur mesure, non ! ou alors je me trompe ? Pendant qu’en Espagne, le vin est décrété produit d’intérêt national, en France on s’évertue toujours à détruire des exploitations agricoles reconnues à l’international (merci à Kermit Lynch) car il faut le savoir: les muscadets de Michel Bregeon sont servis sur les plus grandes tables des États Unis au même titre que les chablis de Leflaive ou  Raveneau (mais pas au même prix… ). Bon voila, le Michel Brégeon était bien énervé de nous parler de ces péripéties, je vous en fais donc part en y rajoutant mes commentaires (qui n’engagent bien sûr que moi car je peux me tromper….).

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On  attaque la verticale de muscadet juste après cette vive discussion, fallait bien se détendre un peu et puis on était venu pour rencontrer le bonhomme mais aussi pour goûter ces vins.. (tous élevés en cuves verrées enterrées)

Bouteille N°1: Muscadet 2008 Sèvre et Maine sur Lie:
dégustation sur cuve, le vin n’est pas encore en bouteille. Arômes fermentaires, vin très tranchant, vif sur le citron vert (++) – à revoir une fois en bouteille.
15hl à l’hectare
sur 2008, « la plus petite récolte que j’ai jamais fait de ma vie, je n’étais jamais descendu en dessous de 22 hl/ha ». Le sol du domaine Bregeon est très gélif, certes bien exposé mais l’humidité de la sèvre (la rivière qui coule en bas du coteau) en conjonction avec le sol très argileux = beaucoup d’humidité;  « on est très bas au niveau de l’altitude, ça gèle très vite: -4°C au matin du 7 avril 2008, tous les bourgeons ont gelé »

Les plus petites récoltes de la maison Bregeon sur les 3 dernières decennies:
22 hl/ha en 1977, 30hl/ha en 1978, 35hl/ha en 1990, 22hl/ha en 1991, 25hl/ha en 1995, 22hl/ha en 2001

La suite au prochain épisode avec une belle verticale de muscadet jusqu’au milieu des années 90..

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